Afrique

Néonatologie africaine : l’urgence silencieuse de la prochaine décennie

Néonatologie africaine : l’urgence silencieuse de la prochaine décennie

Dr Anwar CHERKAOUI avec le concours du Pr MAOULAININE Fadl Mrabih Rabou / Chef de Service de Réanimation Néonatale CHU Mohammed VI de Marrakech (*)

La ville de laayoune, porte du Sahara marocain, accueillera les 27 et 28 mars 2026, le premier congrès Africain de Neonatologie.

L’Afrique entre dans une décennie décisive pour ses nouveau-nés.
Chaque année, des millions d’enfants y naissent dans des conditions de vulnérabilité extrême, souvent loin des plateaux techniques, parfois loin même d’un personnel formé à la réanimation néonatale de base.
La néonatologie africaine, longtemps parent pauvre des politiques de santé, s’impose désormais comme un révélateur brutal des inégalités sanitaires et comme un champ stratégique majeur pour l’avenir démographique du continent.

La première bataille reste celle de la survie néonatale.
Les décès survenant dans les premiers jours de vie continuent d’alourdir la mortalité infantile, malgré des progrès notables dans certains pays.
Les causes sont connues, répétitives, presque obstinées : prématurité, asphyxie périnatale, infections néonatales, faible poids de naissance.

Ce qui fait défaut n’est pas tant le savoir médical que son accessibilité, sa continuité et son adaptation aux réalités locales.

Affiche CANEONAT 03022026

La prématurité s’annonce comme l’un des défis majeurs des dix prochaines années.

L’augmentation des grossesses à risque, la malnutrition maternelle, les infections non dépistées, mais aussi l’urbanisation rapide et la médicalisation inégale de la grossesse exposent de plus en plus de nouveau-nés à une naissance trop précoce.

L’enjeu n’est pas seulement de faire survivre ces enfants, mais de prévenir les séquelles neurologiques, respiratoires et métaboliques qui hypothèquent leur avenir et celui des sociétés africaines.

L’asphyxie à la naissance, souvent évitable, demeure un scandale sanitaire.
Elle renvoie à l’organisation des salles d’accouchement, à la formation des sages-femmes, à la disponibilité du matériel le plus élémentaire.

La prochaine décennie devra consacrer une priorité absolue à la généralisation des gestes simples de réanimation néonatale, accessibles même dans les structures périphériques.

Sauver un cerveau en quelques minutes, c’est sauver des décennies de vie productive.

Les infections néonatales, quant à elles, traduisent la fragilité des systèmes de prévention.
Hygiène insuffisante, retard diagnostique, antibiothérapie empirique parfois inadaptée, montée inquiétante des résistances bactériennes : la néonatologie africaine devra impérativement intégrer la lutte contre l’antibiorésistance et investir dans des stratégies de prévention, de dépistage précoce et de surveillance épidémiologique.

Un autre enjeu majeur est celui des ressources humaines.
Le continent manque cruellement de néonatologistes, d’infirmiers spécialisés, de sages-femmes formées à la prise en charge du nouveau-né à risque.

La décennie à venir devra miser sur la formation locale, continue, contextualisée, mais aussi sur la valorisation de ces métiers souvent exercés dans des conditions difficiles, avec un épuisement professionnel préoccupant.

La question des équipements mérite une approche lucide et critique.

L’Afrique n’a pas besoin de répliques coûteuses de services occidentaux ultra-technologiques, mais de solutions robustes, adaptées, maintenables localement.
Incubateurs simples, oxygénothérapie sécurisée, dispositifs de surveillance essentiels, méthode kangourou institutionnalisée : l’innovation frugale doit devenir un pilier stratégique de la néonatologie africaine.

Les autorités sanitaires africaines devront également regarder au-delà de la période néonatale immédiate.

Survivre ne suffit plus.
Le suivi du développement neuropsychomoteur, la prise en charge des handicaps précoces, l’intégration des familles dans le parcours de soins sont des priorités émergentes.
Un enfant sauvé mais laissé sans suivi devient une victoire incomplète.

Enfin, la décennie à venir imposera une gouvernance sanitaire plus courageuse.

La néonatologie doit être intégrée au cœur des politiques de santé maternelle et infantile, avec des financements dédiés, des indicateurs précis et une évaluation rigoureuse des programmes.
Elle devra aussi s’inscrire dans une vision africaine, solidaire, où le partage d’expériences entre pays devient un levier de progrès collectif.

L’avenir de la néonatologie africaine ne se jouera pas uniquement dans les incubateurs ou les unités de soins intensifs.

Il se jouera dans les choix politiques, dans la formation, dans l’anticipation, et dans la capacité du continent à considérer chaque nouveau-né non comme une statistique fragile, mais comme une promesse d’avenir à protéger dès le premier souffle.

(*) Pr Maoulainine Fadl Mrabih Rabou / Directeur du Laboratoire de recherche l'enfance la santé et le développement durable / Université Cadi Ayyad Marrakech / Chef de service de Réanimation Néonatale / CHU Mohammed VI de Marrakech.

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