Pr Sanae AMALIK
Institut National d’Oncologie, CHU Ibn Sina Rabat
Société Marocaine de Radiologie (SMR)
Toute douleur thoracique inhabituelle mérite d’être prise au sérieux, sans tomber dans l’excès de peur.
Grâce aux progrès de l’imagerie médicale, une pathologie cardiaque grave, la dissection aortique peut aujourd’hui être détectée rapidement et avec une grande fiabilité.
La dissection aortique fait partie de ces urgences médicales où le temps devient un adversaire redoutable.

Il s’agit d’une déchirure de la paroi de l’aorte, la grande artère qui distribue le sang du cœur vers l’ensemble du corps.
Le sang s’infiltre alors entre les couches de cette paroi et crée un faux passage, un peu comme une fissure dans un tuyau qui détourne l’eau de son trajet normal et fragilise toute la structure.
Le début est brutal, la douleur souvent intense, et la prise en charge doit être immédiate.
Dans cette situation, l’imagerie n’est pas un simple outil de diagnostic, elle devient un véritable geste vital.
Certains signaux doivent alerter sans attendre.

Une douleur soudaine dans la poitrine, décrite comme une déchirure et parfois ressentie jusque dans le dos, le cou ou la mâchoire, doit immédiatement inquiéter.
Un essoufflement brutal, un malaise avec des sueurs froides, une pâleur marquée ou une fatigue inhabituelle sont autant de signes qui doivent pousser à consulter en urgence.
Des troubles neurologiques comme une faiblesse d’un côté du corps ou des difficultés à parler peuvent aussi accompagner la dissection.
Parfois, une différence de pouls entre les deux bras est observée.
Devant ce tableau, chaque minute compte et le passage par l’hôpital doit être immédiat.
Dès l’arrivée aux urgences, l’imagerie entre en scène.
Elle permet de confirmer rapidement la présence de la déchirure et d’en mesurer l’étendue.
Le scanner est aujourd’hui l’examen de référence. Réalisé avec une injection de produit de contraste, il rend le sang visible et permet, en un temps très court, de localiser précisément la zone atteinte, d’analyser la circulation sanguine et de détecter d’éventuelles complications comme un saignement dans la poitrine.
Sa rapidité en fait l’outil incontournable dans la majorité des situations d’urgence.
L’échographie cardiaque complète souvent cette première évaluation. Réalisée à travers la paroi thoracique ou par l’œsophage, elle permet d’apprécier l’impact de la dissection sur le cœur et sur la valve aortique.
Elle est particulièrement précieuse lorsque la partie initiale de l’aorte est concernée.

La radiographie du thorax, quant à elle, peut donner l’alerte en montrant un élargissement de l’aorte, mais elle ne suffit jamais à elle seule pour poser le diagnostic.
Quand une dissection aortique est suspectée, l’hôpital se transforme en véritable ruche.
Le patient est immédiatement surveillé de près, avec un contrôle permanent de la tension artérielle, du rythme cardiaque et de l’oxygénation.
Le scanner est réalisé sans délai, car chaque instant perdu augmente le risque de rupture de l’aorte ou de diminution de l’apport sanguin vers des organes essentiels comme le cerveau, le cœur ou les reins.
Cette réactivité repose sur une coordination étroite entre urgentistes, radiologues et chirurgiens.
MEnsemble, ils établissent rapidement un diagnostic précis et décident de la meilleure stratégie thérapeutique.
Lorsque la partie initiale de l’aorte est touchée, une intervention chirurgicale urgente s’impose souvent.
Dans d’autres cas, lorsque la dissection est située plus bas, un contrôle strict de la tension artérielle peut être privilégié sous surveillance étroite.
Informer sans alarmer reste essentiel.
Toute douleur thoracique inhabituelle mérite d’être prise au sérieux, sans tomber dans l’excès de peur. Grâce aux progrès de l’imagerie médicale, la dissection aortique peut aujourd’hui être détectée rapidement et avec une grande fiabilité.
Cette précocité du diagnostic change tout, car elle permet d’agir à temps et d’éviter, dans de nombreux cas, une issue dramatique.
