Pr. Badr BOUTAKIOUTE – CHU Mohammed VI, Marrakech
Membre de la Société Marocaine de Radiologie
Face à une hémorragie digestive, la médecine moderne ne se contente plus de subir l’urgence. Grâce à l’imagerie et à la radiologie interventionnelle, elle agit vite, avec précision et souvent sans bistouri.
Une révolution discrète, mais qui sauve chaque jour des vies.
Quand un patient arrive aux urgences en vomissant du sang ou avec des selles noires comme du goudron, l’effet est toujours saisissant.
Pour la famille, c’est la panique.
Pour les soignants, c’est une course contre la montre.
Les hémorragies digestives font partie de ces urgences médicales spectaculaires qui rappellent à quel point le corps humain peut basculer rapidement.
Chaque année, des milliers de personnes sont hospitalisées pour ce type de saignement.
Et malgré les progrès impressionnants de la médecine, ces situations restent sérieuses, surtout chez les personnes âgées ou déjà fragilisées par des maladies du cœur, du foie ou des reins.
Mais bonne nouvelle : aujourd’hui, l’imagerie médicale et la radiologie interventionnelle ont profondément changé la donne.
Comprendre simplement ce qu’est une hémorragie digestive
Une hémorragie digestive, c’est une perte de sang qui vient du tube digestif, c’est-à-dire de l’œsophage jusqu’au rectum.
Les médecins distinguent deux grands types de saignements.
Les hémorragies digestives hautes, les plus fréquentes, prennent naissance dans l’œsophage, l’estomac ou le début de l’intestin.
Elles sont souvent liées à des ulcères ou à des veines fragilisées chez les patients souffrant de cirrhose.
Les hémorragies digestives basses, plus rares, concernent surtout le côlon et le rectum.
Elles sont souvent dues à de petites poches de la paroi intestinale, à des inflammations ou à des fragilités des vaisseaux.
Ce qui rend ces situations dangereuses, ce n’est pas seulement la quantité de sang perdue, mais aussi la vitesse du saignement et la fragilité du patient.
Chez certains, la tension chute brutalement, le cœur s’emballe et l’état de choc peut s’installer en quelques minutes.

La première bataille : stabiliser, puis trouver la fuitesanguine
Aux urgences, la priorité est toujours la même : sauver le patient.
On commence par poser des perfusions, parfois transfuser du sang, surveiller étroitement les constantes vitales.
Une fois la situation stabilisée, il faut répondre à une question cruciale : d’où vient exactement le saignement ?
Dans la majorité des cas, la réponse vient de l’endoscopie digestive.
Cet examen permet de regarder directement à l’intérieur de l’estomac ou de l’intestin avec une caméra miniature.
Et souvent, le médecin peut traiter le problème sur-le-champ.
Résultat : dans près de neuf cas sur dix, le saignement est contrôlé dès ce stade.
Mais parfois, l’hémorragie résiste.
Le sang coule trop fort, trop loin, ou dans une zone difficile d’accès.
C’est là que l’imagerie médicale entre en scène.
Le scanner, un véritable détective du saignement
Grâce au scanner injecté, les médecins peuvent aujourd’hui voir un saignement en temps réel, presque comme sur une carte routière du corps humain.
Même une perte de sang minuscule peut être détectée, ce qui était inimaginable il y a encore quelques années.
Le scanner ne se contente pas de dire « ça saigne ».
Il précise où, comment et par quel vaisseau.
Une information capitale pour passer à l’étape suivante : traiter sans ouvrir.
La radiologie interventionnelle, soigner sans chirurgie
Contrairement à ce que beaucoup imaginent, il ne s’agit pas d’une opération classique.
La radiologie interventionnelle, c’est de la médecine de haute précision, réalisée par des radiologues spécialement formés pour traiter grâce à l’imagerie.
Le principe est simple à comprendre.
Par une petite ponction, souvent au niveau de l’aine, le médecin introduit un fin tuyau dans les artères.
En suivant le trajet sur des écrans, il remonte jusqu’au vaisseau responsable du saignement.
Une fois sur place, il bouche précisément ce vaisseau avec des micro-dispositifs adaptés.
Résultat : l’hémorragie s’arrête, sans ouvrir l’abdomen, sans grande cicatrice, et avec une récupération beaucoup plus rapide pour le patient.
Aujourd’hui, ces gestes réussissent dans plus de neuf cas sur dix.
Et les complications sont devenues rares lorsque la technique est réalisée par des équipes expérimentées.
Une solution précieuse pour les patients fragiles
Pour les personnes âgées ou souffrant de plusieurs maladies, la chirurgie classique peut être lourde et risquée.
La radiologie interventionnelle représente alors une alternative majeure, plus douce, plus ciblée et souvent plus sûre.
Elle est aussi essentielle chez les patients atteints de cirrhose.
Dans ces situations, les saignements viennent souvent de grosses veines fragilisées.
Lorsque les traitements habituels ne suffisent plus, une technique spécialisée permet de diminuer la pression dans le foie et de réduire fortement le risque de récidive.
Quand la médecine avance en équipe
Derrière chaque sauvetage, il y a une chaîne humaine impressionnante.
Urgentistes, gastro-entérologues, réanimateurs, chirurgiens et radiologues interventionnels travaillent main dans la main.
Cette coordination est aujourd’hui une réalité dans plusieurs centres hospitaliers universitaires marocains.
À l’hôpital Arrazi du CHU Mohammed VI de Marrakech, par exemple, les patients bénéficient d’un accès rapide au scanner en urgence et, si nécessaire, à des traitements de radiologie interventionnelle dans des salles dédiées.
Une organisation moderne qui illustre parfaitement l’évolution de la médecine vers des soins plus rapides, plus précis et moins invasifs.
Ce qu’il faut retenir sur les hémorragies digestives
Les hémorragies digestives sont fréquentes et peuvent être graves, surtout chez les personnes âgées ou fragiles.
L’endoscopie permet de contrôler la majorité des saignements.
Le scanner joue aujourd’hui un rôle clé pour localiser précisément la source.
La radiologie interventionnelle permet d’arrêter l’hémorragie sans chirurgie dans de nombreux cas.
Au Maroc, le développement de ces techniques dans les CHU, notamment à Marrakech, améliore nettement le pronostic et réduit le recours aux interventions lourdes.
